10/08/2026
« L’entrepreneuriat va résoudre le chômage. » Je n’en suis pas certain.
C’est devenu une évidence de discours. On l’entend dans les forums, dans les programmes, dans les remises de prix et comme toutes les évidences, elle mérite d’être examinée plutôt que répétée.
Le problème n’est pas l’entrepreneuriat, c’est qu’on met sous un même mot deux réalités qui ne produisent pas les mêmes effets.
L’entrepreneuriat de nécessité : Une personne sans emploi crée son activité parce qu’elle n’a pas d’autre issue. Elle génère un revenu, souvent modeste, souvent instable. C’est respectable et c’est vital mais cette activité, dans la quasi-totalité des cas, n’embauchera personne. Elle a transformé un chômeur en travailleur indépendant précaire. Dans les statistiques, le chômage a reculé, dans l’économie réelle, aucun emploi n’a été créé.
L’entrepreneuriat d’opportunité : Une entreprise se construit autour d’un marché identifié, avec l’intention de croître. Celle-là recrute mais elle est minoritaire, et elle n’a pas besoin des mêmes appuis.
Confondre les deux conduit à une politique qui se trompe de cible.
Car voici ce que je constate : l’emploi salarié n’est pas créé par les entreprises qui naissent. Il est créé par le petit nombre d’entreprises qui grandissent.
Or nous finançons massivement la création, et presque jamais la croissance. Nous multiplions les concours, les incubateurs, les prix du jeune entrepreneur. Pendant ce temps, des entreprises de cinq ou sept ans qui ont un carnet de commandes, des clients réguliers, et qui embauchaient déjà s’arrêtent faute de trésorerie. Personne ne leur remet de trophée. Personne ne leur prête non plus.
Nous célébrons le départ, et nous laissons mourir à mi-parcours.
Ce n’est pas un procès des dispositifs d’appui à la jeunesse : ils répondent à un besoin réel et ils ont leur légitimité. C’est un constat de séquencement. Créer une entreprise est devenu relativement accessible. La faire passer de trois à trente salariés reste, elle, presque impossible sans accès au crédit.
Alors reformulons.
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Le gisement d’emplois ne se trouve pas dans les entreprises que nous n’avons pas encore créées. Il se trouve dans celles qui existent déjà et qui plafonnent non par manque d’ambition, mais parce que rien dans notre architecture financière n’est conçu pour les accompagner à ce stade précis.
Tant que nous mesurerons notre effort au nombre d’entreprises créées plutôt qu’au nombre d’entreprises qui franchissent leur cinquième année, nous produirons beaucoup d’activité et peu d’emploi.
Roland BOA
CEO, PERCEP GROUP