31/03/2026
Et si les Bamiléké n’étaient pas simplement des survivants d’une tradition, mais les gardiens d’une vérité que nous avons eu la faiblesse d’abandonner ?
Il est temps d’arrêter l’hypocrisie. Il est temps d’être dur, clair, et même dérangeant : l’Africain d’aujourd’hui est profondément colonisé dans son esprit. Colonisé au point de mépriser ce qu’il est, au point de craindre ses propres racines, au point de répéter, sans réfléchir, des jugements forgés ailleurs pour le maintenir dans l’oubli de lui-même.
Le culte des ancêtres chez les Bamiléké n’est pas une pratique honteuse. C’est une science spirituelle, une discipline de mémoire, une organisation du lien entre les vivants et les morts. Là où certains voient des crânes, nous voyons des présences. Là où certains crient à l’idolâtrie, nous parlons de continuité, de transmission, d’équilibre.
Et pourtant, les mêmes qui insultent ces pratiques s’agenouillent sans gêne devant des reliques dans Église catholique. Ils voyagent, prient, pleurent devant des ossements conservés et sanctifiés au Vatican. Là-bas, cela s’appelle sainteté. Ici, cela devient sorcellerie. Quelle imposture intellectuelle ! Quelle lâcheté culturelle !
Soyons honnêtes : invoquer Abraham, Isaac ou Jacob, c’est invoquer des ancêtres. Ni plus, ni moins. Mais parce que ces ancêtres ne sont pas les nôtres, on nous a appris à les respecter davantage que les nôtres. On nous a appris à trahir nos lignées pour adopter celles des autres. Et le plus grave, c’est que nous avons accepté.
Non, il ne s’agit pas ici de débattre gentiment ou de chercher un compromis mou. Il s’agit de dire une vérité que beaucoup fuient : un peuple qui renie ses ancêtres est un peuple déjà vaincu. Un peuple qui abandonne ses rites, ses symboles, sa mémoire, est un peuple qui accepte sa propre disparition.
Les Bamiléké, eux, résistent encore. Ils rappellent, par leur pratique, que la spiritualité n’est pas un spectacle importé, mais une expérience enracinée. Ils rappellent que nos ancêtres ne sont pas des objets de honte, mais des piliers invisibles. Et que sans eux, il n’y a ni identité, ni force, ni avenir.
Je prends position, clairement : nous devons cesser de nous excuser d’être africains. Nous devons cesser de plier devant des regards qui méprisent ce qu’ils ne comprennent pas. Nous devons cesser d’abandonner nos propres fondations pour courir derrière des modèles qui ne nous reconnaîtront jamais pleinement.
Retourner à nos traditions n’est pas un choix folklorique. C’est une nécessité vitale. C’est une question de survie culturelle. C’est une reconquête.
Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir si nos pratiques dérangent.
La vraie question est : combien de temps allons-nous encore accepter de nous renier nous-mêmes ?
Tiwa