29/06/2020
JOURNÉE MONDIALE DU PETIT PRINCE.
Ce fut d’abord une voix, une voix chantante, mélancolique, virile et tendre, celle de Gérard Philippe qui lisait cette histoire sur un disque. Ce furent ensuite des images, ces frêles dessins liquides que contenait l’édition Gallimard. Puis, dès que je devins capable de lire par moi-même, ce fut le livre enfin, riche, émouvant, complexe, dans lequel je me plongeais plusieurs fois. Saint-Exupéry possède une place singulière dans mon esprit, celle de l’auteur su par cœur, une place qu’il partage avec La Fontaine. J’ai fréquenté Le Petit Prince comme on écoute une symphonie de Mozart, plusieurs fois, jusqu’à anticiper le plaisir que va me donner la phrase suivante.
Ce petit livre est comme moi : il n’a cessé de grandir. Chaque fois que je l’ai repris, il m’a livré de nouveaux trésors, comme s’il s’était enrichi de sagesse. Devenu agrégé et docteur en philosophie, j’ai tremblé en le ressaisissant : je craignais la déception. Tout au contraire, j’éprouvais un bonheur renouvelé et approfondi puisque j’apercevais la spiritualité qui sous-tend ce texte magnifique. Quand quelqu’un m’annonce ne pas apprécier Le Petit Prince, je le soupçonne aussitôt de ne pas aimer Mozart, de confondre la simplicité avec le simplisme, de n’avoir ni l’oreille musicale ni l’œil humaniste, bref d’être superficiel – ce qu’il reproche généralement à l’œuvre !
Éric-Emmanuel Schmitt