28/04/2026
60 ruches...
C'est le nombre de colonies mortes cet hiver chez moi...
Il ne me reste que 40 ruches...
La faute à qui? La faute au frelon asiatique dont nous avons subi un raz de marée cet automne et cet hiver, un cataclysme silencieux...
L'apiculture est silencieuse, elle n'est pas spectaculaire dans sa détresse comme peut l'être l'abattage d'un troupeau et c'est là son tort...
Le moral n'est pas au beau fixe malgré cette belle saison qui recommence.
Je me demande chaque saison jusqu'à quand je connaitrais la chance de vivre ces moments formidables qui, il faut le dire, deviennent un véritable cauchemar au fil des années.
Choyer autant ces êtres formidables, voir la magie d'une formidable saison s'opérer sous nos yeux ébahis qui ne s'habitueront jamais à un tel miracle, que ce métier est beau, combien je l'aime, viscéralement...
Et puis au bout d'une belle saison comme nous n'avons plus avec ce climat qui ne sait plus qui il est, qui pour une fois s'alignait avec nos espoirs, la chute vertigineuse, inébranlable et catastrophique : les frelons asiatiques.
Je ne veux pas être catastrophiste et voir le mal partout, moi qui suis tant quelqu'un de positif, qui aime tant la vie, j'ai touché le désespoir en automne mais ne parvient à vous en parler que maintenant.
La vague d'attaques sans précédent a tout emporté sur son passage et heureusement que j'ai rapidement compris le phénomène. Epuisée mais contente d'avoir sauvé une cinquantaine de mes ruches en les rappatriant dans les terres, grâce à la générosité d'un propriétaire qui a accepté en catastrophe que je ramène toutes les ruches que je pouvais sur ses terres.
Incapable de sauver les autres car parvenue au terme physique et psychique de mes capacités, je n'ai pu mettre à l'abri que la moitié de mes chères abeilles, une dizaine à bout de souffle sont mortes durant l'hiver.
Si je n'avais pas fait cela, j'aurais tout perdu. Beaucoup justement ont tout perdu et jettent l'éponge, vendent leur ferme et leur matériel... Les aînés qui prenaient plaisir à avoir quelques ruches ont aussi tout perdu et lâchent l'affaire...
Je tremble à l'idée de la suite mais reste encore, par amour du métier.
Je n'aime pas me confier, d'autant plus sur de mauvaises nouvelles, nous en avons assez tous les jours. Cependant, je suis assez pessimiste sur l'évolution de cette espèce invasive et sur ses conséquences sur la profession et je pense qu'il est de mon devoir de vous tenir informés de ce que la sentinelle de l'environnement nous transmet comme message.
Des collectifs se montent et des gens formidables tentent de limiter la vague, un immense merci à eux et à leur espoir dont nous avons tous besoin.
Il va falloir s'adapter... encore...
J'ai le pessimisme de la réalité et l'optimisme de la volonté.
Mais je suis fatiguée, car au-delà de mon métier qui s'essouffle, un problème plus grave se profile à échelle planétaire.
Alors oui, je sais, les guerres se multiplient, l'inflation creuse votre budget, le prix de l'essence aussi... Mais sachez qu'il existe une guerre qui se déroule silencieusement sous vos yeux, dans vos jardins, dans nos campagnes, dans vos champs et vos vergers, juste à côté de vous.
Elle est la chose que je redoute le plus dans nos jardins : le silence.
Un silence assourdissant lorsque les tilleuls ou vos pommiers sont en fleurs.
Je vais commencer à extraire le miel de printemps que mes vaillantes abeilles noires survivantes ont récolté durant ce début de saison. Vous imaginez bien que sur 40 ruches cela ne pèse pas beaucoup, c'est assez désespérant...
Je vous tiens au courant dès la mise en pot qui ne saurait tarder et m'excuse pour ce pavé pas au top niveau positivité.
A très bientôt pour des nouvelles plus gaies je l'espère!