03/06/2026
LES AUTISTES SONT-ILS GAUCHISTES (part.1)
⚠️Ce post est très long, je le coupe en 2.
Ici je râle, dans le suivant j'explique les recherches et sources sur le sujet...
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Quand quelques autistes très visibles finissent par représenter tous les autres...
Si je ne connaissais rien à l'autisme et que je me contentais des personnalités autistes les plus visibles sur Internet, je conclurais probablement que les autistes votent tous pareil.
Lorsque l'on découvre l'autisme à travers certaines figures médiatiques, on tombe rapidement sur des personnes aux opinions politiques très affirmées. Florence Mendez est un exemple parmi d'autres. Greta Thunberg en est un autre. Savannah d'Autiste et Antifaschiste, anciennement Autiste et Compagnie, en est encore un autre.
Avant d'aller plus loin, je précise une chose importante.
J'entends régulièrement des critiques visant Greta Thunberg ou Florence Mendez. Pourtant, mon propos n'est pas vraiment là.
Greta parle parfois publiquement de son autisme, mais son engagement principal porte sur le climat, l'environnement et d'autres sujets politiques. Elle n'a jamais construit sa notoriété sur le fait de parler au nom des autistes. Quand quelqu'un regarde Greta, il voit avant tout une militante écologiste qui est autiste.
Florence Mendez, de son côté, parle de son vécu d'autiste, de femme, d'humoriste et de ses engagements personnels. On peut partager ses opinions ou les rejeter complètement, mais elle ne prétend pas non plus avoir été élue représentante officielle de plusieurs millions d'autistes.
Le problème n'est donc pas forcément ce qu'elles disent, mais ce que certains comprennent. À force de voir des personnalités autistes très visibles défendre des positions politiques marquées, certaines personnes finissent par associer ces positions à l'autisme lui-même.
Comme si le diagnostic expliquait les opinions.
Comme s'il produisait naturellement une orientation politique.
Comme si plusieurs millions d'autistes devaient forcément penser de la même manière.
Mon malaise devient plus important lorsqu'une chaîne, un compte ou une activité professionnelle mélange systématiquement autisme et engagement idéologique.
Par exemple, sur sa page, Savannah parle souvent davantage de politique à travers l'autisme que d'autisme lui-même.
L'autisme devient alors le point d'entrée vers un discours beaucoup plus large sur la société, les rapports de pouvoir et l'organisation du monde.
Et ça, oui, ça me dérange.
Je suis autiste, je connais des personnes autistes, je fréquente des groupes d'autistes depuis des années et la réalité que j'observe n'a absolument rien à voir avec cette image uniforme que certains finissent par se construire.
Je suis également féministe. Je ne m'en suis jamais cachée.
Pourtant, lorsque je parle d'autisme, je parle d'autisme.
Je ne considère pas que mon diagnostic m'accorde une expertise particulière sur l'économie, la géopolitique, l'immigration, le capitalisme, la religion ou l'organisation idéale de la société.
Ce que je reproche à certaines figures médiatiques, ce n'est pas d'avoir des opinions. Tout le monde en a.
Ce que je reproche, c'est le glissement progressif qui transforme parfois un simple « je suis autiste » en « en tant qu'autiste, voici comment la société devrait être organisée ».
Le jour où j'ai reçu mon diagnostic, personne ne m'a remis un bulletin d'adhésion à un parti politique.
Je n'ai pas non plus reçu un guide intitulé « Comment déconstruire la société en dix leçons », un tote bag militant, trois slogans prêts à l'emploi et un manuel expliquant pourquoi tous les problèmes du monde seraient causés par la même catégorie de personnes.
J'ai simplement reçu un compte-rendu médical.
Pourtant, lorsque l'on observe certains espaces militants, on peut parfois avoir l'impression que le TSA conduit naturellement à adopter une vision très particulière du monde, de la société, de l'économie, de l'histoire, de la religion et parfois même de la biologie.
Les personnes autistes sont nombreuses.
Très nombreuses.
Et surtout, elles sont différentes.
L'idée selon laquelle plusieurs millions de personnes partageraient naturellement les mêmes opinions simplement parce qu'elles possèdent une organisation neurologique similaire est déjà étrange au départ.
Personne n'imagine que tous les diabétiques votent de la même façon, que tous les myopes partagent la même analyse géopolitique ou que tous les gauchers possèdent exactement les mêmes convictions religieuses.
Mais lorsqu'il s'agit d'autisme, certains semblent convaincus qu'il existerait une forme de cohérence idéologique naturelle ? Comme si le diagnostic venait avec un logiciel politique préinstallé ?
La plupart des autistes ont une préoccupation bien plus urgente que la révolution sociale.
Ils essaient déjà de retrouver leurs clés.
Ils tentent de survivre à un open space.
Ils cherchent à comprendre pourquoi il faut encore téléphoner pour prendre rendez-vous sur un site Internet.
Ils essayent de trouver un emploi compatible avec leurs limites.
Ils tentent de comprendre des démarches administratives écrites dans une langue que même les fonctionnaires semblent parfois ne pas comprendre eux-mêmes.
Et ils essayent de survivre à des réunions inutiles, à des lumières agressives, à des conversations implicites, à des appels imprévus ou à des formulaires conçus par un être humain qui semblait manifestement détester l'espèce humaine.
La politique arrive souvent très loin derrière.
Parfois même pas du tout.
Mais ces autistes ordinaires ne font pas de conférences. Ils ne publient pas de vidéos avec leur tronche en mode diva au soleil.
Ils ne passent pas dans les médias.
Ils n'accumulent pas des milliers d'abonnés.
Ils vivent simplement leur vie.
Si l'on demandait à dix mille Français de raconter leur quotidien, la plupart parleraient probablement de leur travail, de leur famille, de leur santé, de leurs factures ou de leurs projets personnels.
Si l'on invite ensuite uniquement les cent personnes les plus engagées politiquement sur tous les plateaux de télévision, le public finira par croire que la France entière passe ses journées à rédiger des manifestes révolutionnaires entre deux repas.
L'erreur est exactement la même ici.
Ces personnes ne représentent qu'elles-mêmes.
Leur diagnostic ne leur accorde aucun mandat pour parler au nom de tous les autistes et je ne me souviens pas avoir participé à l'élection.
Je ne me souviens pas non plus avoir reçu de convocation ni même d'avoir été consultée pour désigner qui parlerait en mon nom devant les médias.
Et pourtant, certains observateurs finissent par conclure que l'autisme produit automatiquement certaines opinions.
Cette conclusion est aussi absurde que de croire que tous les autistes aiment les trains, que tous les autistes sont des génies des mathématiques ou que tous les autistes détestent le contact humain.
Elle remplace simplement un cliché par un autre et ignore ce qui caractérise réellement la population autiste : sa diversité.
Il existe des autistes progressistes.
Il existe des autistes conservateurs.
Il existe des autistes libéraux.
Il existe des autistes écologistes.
Il existe des autistes qui ne votent jamais.
Il existe même des autistes qui n'ont absolument aucune envie de passer leurs soirées à débattre du destin de la civilisation occidentale sur Internet.
Le véritable sujet consiste donc à comprendre pourquoi une poignée de voix très visibles finit régulièrement par être confondue avec l'ensemble d'une population.
La réponse est probablement très simple : La majorité des personnes autistes vivent leur vie pendant que des porte-parole autoproclamés occupent les réseaux sociaux.
Comme souvent, ceux qui parlent le plus fort (ou avec une photo attrayante) finissent par être pris pour la majorité alors qu'ils ne représentent qu'eux-mêmes.