02/03/2023
INTERVIEW DU DIRECTEUR GÉNÉRAL DU GROUPE APRC, JORGE HERNANDEZ.
APPEL AUX MAIRES ET À LEURS CONSEILLERS.
Qui de mieux placé pour parler du projet APRC que le directeur général du groupe APRC lui-même?
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les propos tenus ont de quoi amplifier nos inquiétudes...
Dans une courte vidéo datant d'août 2019 (quelques semaines donc après la signature de la promesse d'achat), Jorge Hernandez (directeur général du groupe APRC) confiait au Courrier picard les raisons pour lesquelles il croyait en ce projet de plateforme logistique sur les territoires de Méaulte, Bray sur Somme et Fricourt. Déjà à l'époque, les motivations affichées par le directeur général avaient de quoi faire craindre le pire...
Dans cette vidéo, Monsieur Hernandez déclarait : "On est quand même situé pas très loin de Paris. On peut servir peut-être de délestage pour certains avions de cargo, notamment à Roissy".
Cette ambition de délester l'aéroport de Roissy était donc déjà clairement affichée. La communauté de communes et la direction de l'aéroport Albert-Picardie s'était pourtant empressés de dire il y a quelques mois qu'il était faux et absurde d'envisager que l'ambition de ce projet soit de faire de l'aéroport Albert-Picardie un Roissy-bis, tout comme il était absurde de penser que l'aéroport puisse devenir le premier aéroport de fret européen, malgré les déclarations de la direction du groupe APRC qui disait en avoir l'ambition. Nous nous étonnons donc de ces divergences dans la mesure où le groupe APRC, la communauté de communes et la direction de l'aéroport travaillent ensemble sur ce projet depuis plus de 3 ans.
Dans la même vidéo, Monsieur Hernandez ajoute : "Vous avez une piste aéroportée qui demain peut accueillir des gros porteurs notamment dans le cadre par exemple du transport de e-commerce (...) On est quand même au cœur d'un bassin de consommateurs de plus de 80 millions de consommateurs donc c'est quand même un atout considérable pour un métier comme le notre".
Si certains avaient encore des doutes sur les motivations qui poussent le groupe APRC à vouloir implanter une plateforme logistique sur le territoire de nos communes, ces motivations semblent pour le moins assez claires... Le 13 octobre dernier, il nous avait été affirmé par la com de com et la direction de l'aéroport que l'ambition réelle était de faire de l'aéroport le premier aéroport de fret "décarboné" d'Europe grâce à des avions à hydrogène. Nous sommes en droit de nous demander si les avions cargos et les avions de e-commerce dont parle Monsieur Hernandez et qui viendront des quatre coins du monde seront réellement à hydrogène... Nous avons déjà eu l'occasion de rappeler que les avions les plus modernes sont affectés aux vols commerciaux, pas à l'activité logistique, et que la longévité moyenne d'un avion est de 30 ans. À partir de là, un aéroport décarboné reposant en grande partie sur une activité logistique est-il vraiment crédible?
Aussi, nous sommes assez peu rassurés d'apprendre que Monsieur Hernandez, qui est à l'initiative de ce projet, voit dans nos territoires le "coeur d'un bassin de consommateurs de plus de 80 millions de consommateurs"...
Comment ne pas craindre pour l'avenir de nos villes et de nos villages lorsque le directeur général d'un groupe qui souhaite implanter une plateforme logistique d'une emprise totale de près de 70 hectares voit en nos communes un carrefour idéal pour le passage d'avions gros porteurs et pour le délestage d'un aéroport de l'envergure de Roissy? Le terme assez réducteur et assez parlant de "consommateurs" traduit d'ailleurs assez bien les intentions d'un groupe qui n'a jamais caché son intérêt pour la rentabilité optimisée et le commerce international intensif (cf le cas du projet APRC à Tresserre dans les Pyrénées Orientales que le groupe APRC avait finalement abandonné pour consolider sa plateforme d'Aix-Marseille).
En 2019, la taille des bâtiments logistiques du projet APRC à Méaulte, Bray et Fricourt devait représenter 250 000 m² et l'estimation du nombre d'emplois créés était de 500. Aujourd'hui, il n'est plus question "que" de 140 000m² (ce qui représente tout de même la superficie de 30 terrains de foot) et l'estimation du nombre d'emplois est toujours aussi floue, pour ne pas dire inconnue. Avec une réduction de la superficie des bâtiments, on peut supposer que le nombre d'emplois créés s'en ressentira inévitablement. Combien d'emplois seront donc créés pour une plateforme aussi colossale? 100? 200? Quoiqu'il en soit, nous avons là la confirmation que la logistique, en plus d'être une activité aux conséquences écologiques et environnementales désastreuses, a un apport en terme d'emploi qui est particulièrement faible, malgré l'implantation d'énormes bâtiments. Et c'est pourtant là le seul argument avancé par les responsables et les élus pour défendre ce projet.
Malgré toutes ces incertitudes, toutes ces questions sans réponse et toutes ces craintes légitimes, nous avons appris par l'article du Courrier picard du 20 février dernier qu'une rencontre avait eu lieu il y a quelques jours entre le groupe APRC, la direction de l'aéroport et la communauté de communes... Ce flou total qui est entretenu n'est plus supportable et n'est pas acceptable. Les milliers d'habitants qui verraient leurs conditions de vie bouleversées si ce projet voyait le jour ne peuvent pas accepter que ce projet soit discuté en privé sans que rien ne leur soit dit depuis plusieurs mois. En démocratie, il n'est pas concevable qu'un projet aussi colossal fasse l'objet d'un tel silence, pour ne pas dire d'une telle omerta.
Pourtant, de nombreuses personnes ayant rejoint notre association et qui travaillent ou qui ont travaillé dans la logistique nous l'ont dit : Une fois le doigt mis dans cet engrenage, la situation deviendra incontrôlable et nous n'aurons plus le pouvoir de décider de quoi que ce soit. Les ambitions clairement affichées par Monsieur Hernandez en sont d'ailleurs un symbole sans équivoque.
La communauté de communes et la direction de l'aéroport ayant manifestement fait le choix du silence, nous en appelons aux maires et à leurs conseillers pour se faire le relais d'une situation qui souffre de bien trop de doutes et de dissimulation pour être acceptable.
Nous avons connaissance du climat de tension et de pression qui règne autour de cette plateforme et qui pèse sur les épaules des élus communaux mais à l'évidence, cette situation a trop duré... Ont-ils vraiment connaissance de ce projet ou les a-t-on également laissé dans l'ignorance? Dans quelles conditions ont-ils voté et approuvé ce projet?
Pour rappel, nous avons toujours pris soin de ne communiquer que des choses factuelles, de réfuter toute volonté de troubler l'ordre public malgré les accusations qui nous ont visés et de démentir toute récupération politique (l'association accepte TOUS les soutiens qui s'engagent à défendre les mêmes valeurs de défense de l'environnement, de nos villes et de nos villages). Les maires et leurs conseillers ont été invités à se joindre aux habitants lors de la réunion publique que nous organisons le mercredi 15 mars à la salle des fêtes de Méaulte à 19h30 et nous espérons pouvoir compter sur leur présence.
Souhaitons-nous être laissés dans l'ignorance sur un projet qui bouleverserait nos vies s'il se réalisait?
Souhaitons-nous que cette situation devienne immaîtrisable et que nos communes soient réglées à l'heure du commerce international intensif, du transport d'avions gros porteurs et du passage incessant de poids lourds?
Souhaitons-nous des cités-dortoirs pour nos enfants?
Souhaitons-nous pouvoir encore profiter de nos campagnes et de leur tranquilité?
Nous comptons sur votre présence lors de la réunion publique du 15 mars! Merci pour votre soutien!
https://www.courrier-picard.fr/id32170/article/2019-08-24/500-emplois-dans-la-logistique-esperes-albert
(Vidéo accessible uniquement aux abonnés du Courrier picard)