03/05/2016
Pèlerin 09, Le 03 mai 2016
Au journal Le National
et
À l’attention de M. Schultz Laurent Junior,
Je prends plaisir à m’informer, tous les jours à mon réveil, de la situation bonne ou mauvaise du pays et votre journal fait parti des quotidiens haïtiens que je lis.
Vous avez toujours des titres captivants, accrocheurs et quant au jugement du contenu, on n’a très souvent qu’à se laisser aller par l’influence de celui ou de celle qui écrit. Par contre ce matin c’est à ma grande surprise que je lis votre édition du 02 mai avec pour titre : Le Centre d’Éducation Spéciale célèbre ses 40 ans, qui relate de la soirée de levée de fonds organisée par le CES dans le cadre de son 40ème anniversaire.
Je suis non seulement indigné mais également choqué par vos propos monsieur. En tant que citoyen et ambassadeur des enfants restavèk de la fondation Maurice A. Sixto je ne peux ressentir qu’un sentiment de révolte face à vos propos en début d’article. C’est une aberration de dire et je cite : « Le spectacle de levée de fonds organisé par le centre d’éducation spéciale serait beau s’il n’y avait pas, dans la salle, la présence de toutes ces personnes handicapées. »
J’aimerais que vous m’expliquiez personnellement ainsi qu’à vos lecteurs ce que vous insinuez par vos propos.
Les handicapés ne font-ils pas partie intégrante de toute société ?
N’ont-ils pas leur place dans la société haïtienne ?
Ont-ils choisi de venir au monde avec des handicaps ?
Les handicapés sont-ils si indésirables et infréquentables qu’il faudrait les enfermer à double tour ?
Votre article sans cœur est inacceptable. Vous auriez dû saisir cette occasion afin de valoriser leur intégration et non leur rejet. Était-ce votre façon de célébrer les 40 ans du CES qui se donne, avec de maigres moyens, depuis 40 ans pour l’inclusion dès l’enfance. Cet article est un manque d’égard et de respect. On sent dès le début non pas de la compassion mais de la répugnance. Comme on dit en Haïti : Malè pa gen klakson, le malheur ne s’annonce pas, et donc tout comme on peut naître handicapé on peut le devenir aussi. J’ai appris, dès mon plus jeune âge, que quand on a rien à dire de constructif ou de positif, il vaut mieux se taire et je vous dit, dans ce cas, qu’il aurait mieux valu passer sous silence les 40 ans du CES en lieu et place d’invoquer votre dégoût en début d’article. Vous avez la mission en tant que journaliste d’informer en toute objectivité et pourtant je lis et relis votre article et le côté inhumain, sans considération et sans intégration de vos propos ne peut passer inaperçu. Je me repose donc la question : qu’aviez vous voulu dire ou plutôt qu’avez vous essayé de dire ? Cet article a t-il même été révisé et autorisé avant publication ?
Je n’arrive toujours pas à cerner l’angle de votre article. Les artistes, les producteurs, le conseil et le comité du CES se sont donnés bénévolement pour la réussite de cette soirée hors pair à la hauteur de ses 40 ans. Il y a aussi tous ceux qui ont tracé un modèle et une marche à suivre pendant toutes ces années en se dédiant sans relâche à la cause de l’éducation spéciale des enfants en déficience. Là aurait pu être un sujet intéressant par exemple. Notre soirée a voulu prôner l’implication et l’inclusion tandis que votre article en début de paragraphe a opté pour l’exclusion. Mais quelle absurdité que d’encourager la haine et le dégout !
Je vous invite à ne pas recevoir mes commentaires comme des critiques négatives ou comme une attaque personnelle mais plutôt comme une opportunité de vous racheter en vous invitant à mieux comprendre par des recherches pertinentes la situation non seulement des enfants mais également des adultes à mobilité réduite ou en déficience. Ceci n’est pas un débat ouvert mais plutôt un plaidoyer pour la bonne cause, une campagne contre la stigmatisation, une demande de rectification non pas de votre mentalité mais de votre façon de penser sur le sujet.
Je vous invite à relever le défi en vous intégrant davantage dans les choses sociales et vous propose par la même occasion une nouvelle mission ; celle de vous battre non pas pour mais au coté des minorités visibles, des sans-voix et des sans-droits de la société haïtienne.
Ensemble pour les enfants d’Haïti,
Ralph Leroy
Designer de mode,
Parrain des enfants de la maison Arc-en-Ciel,
Ambassadeur des enfants de la fondation Maurice A. Sixto